À retenir
- Rautusjarvi est un lac situé dans la commune de Kittila, à quelques minutes en voiture de Levi, et le sentier le longe puis le traverse.
- L’itinéraire alterne entre les pins chargés de neige et la surface dégagée du lac gelé ; les deux paysages n’ont ni le même aspect ni les mêmes sensations.
- Vous êtes dans une région de monts, pas de haute montagne. Rien sur l’itinéraire ne demande d’autre technique que de rester debout et de freiner.
- Les visiteurs réservent en s’attendant à de la vitesse et parlent ensuite du silence. Une fois l’attelage lancé, le bruit le plus présent est celui des patins.
Où passe le sentier
Rautusjarvi est un lac de la commune de Kittila, à environ dix minutes de route de Levi. La base des huskys se trouve à côté, et le sentier de cinq kilomètres part de là, en partie à travers la forêt qui entoure la rive et en partie sur le lac lui-même.
Cela mérite d’être précisé, car le lieu est exceptionnellement bien identifié. De nombreuses descriptions d’excursions en traîneau à huskys en Laponie parlent d’une forêt enneigée sans autre précision ; celle-ci a un nom, une localisation et une étendue d’eau que vous pouvez retrouver sur une carte. C’est le même itinéraire que les chiens parcourent au fil de la saison, dans un paysage bien réel plutôt que dans un décor générique.
Le nom signifie à peu près « le lac de la rautu », un ancien terme régional désignant l’omble chevalier arctique qui vit dans ces eaux. La Finlande est couverte de lacs pour moitié, et ceux qui se trouvent aussi loin au nord deviennent un sol ferme pendant six mois de l’année.
À quoi ressemble réellement un lac gelé
Un lac situé aussi loin au nord gèle à partir de la surface sur plusieurs semaines à la fin de l’automne et, au cœur de l’hiver, il peut supporter une charge qui serait inimaginable plus au sud. La glace s’épaissit au fil de la saison et se recouvre d’une couche de neige, sur laquelle glisse réellement le traîneau.
L’essentiel, c’est que personne ne devine. En Finlande, l’épaisseur de la glace des lacs est mesurée, et l’épaisseur sûre selon les charges fait l’objet de données publiées et bien comprises, plutôt que de reposer sur la confiance des habitants. Les itinéraires sont aménagés sur des parcours contrôlés, et les professionnels qui travaillent sur un lac pendant toute une saison le connaissent intimement.
Depuis un traîneau, le paysage ressemble à une plaine absolument plate et absolument blanche, avec la lisière des arbres en retrait de tous les côtés. Le passage de la forêt au lac est le moment que les visiteurs évoquent en rentrant.
Le sentier quitte la lisière et débouche sur le lac gelé
La partie en forêt
L’autre moitié de l’itinéraire traverse une pinède chargée de toute la neige d’un hiver. Il ne s’agit pas d’une forêt de conifères clairsemée et bien ordonnée comme une plantation. Le poids de la neige courbe et ensevelit les arbres, jusqu’à leur donner l’apparence de formes plutôt que de troncs. Le mot local qui désigne un arbre si chargé qu’il en a perdu sa silhouette est tykky.
Le sentier qui la traverse est étroit, et la sensation de vitesse est bien plus forte que sur le lac, même si l’allure reste la même. Le fait de voir les arbres défiler à un mètre de vous y est pour beaucoup. Il fait aussi plus sombre, ce qui est loin d’être négligeable dans la pénombre du cœur de l’hiver.
Entre les deux, vous découvrez les deux visages de l’hiver lapon en une seule courte sortie : la forêt fermée, feutrée et confinée, puis la glace ouverte, exposée et sans fin.
Cinq kilomètres derrière un attelage
La distance et le temps ne correspondent pas comme on pourrait s’y attendre. Cinq kilomètres, c’est une courte sortie selon les standards des attelages de chiens de traîneau, et un attelage en activité les parcourt au trot, à une allure qui semble plus rapide qu’elle ne l’est parce que vous êtes à un pied du sol, sans pare-brise.
Le premier tronçon est le plus rapide. Les chiens partent avec enthousiasme, puis trouvent leur rythme. Après quelques centaines de mètres, l’allure devient régulière et le silence s’installe. Dès lors, le bruit le plus marqué est celui des patins sur la neige tassée, auquel s’ajoute parfois la voix du guide devant vous.
La distance est suffisante pour comprendre ce que vous faites, sans être assez longue pour vous lasser. C’est une définition assez juste de la distance idéale pour une première expérience.





























Le relief, et pourquoi son absence compte
Kittila se trouve dans une région de collines arrondies. Le Levitunturi, la colline qui domine le village, est une hauteur douce plutôt qu’un sommet, et les environs de Rautusjarvi sont presque plats. Le parcours ne présente ni montée digne de ce nom ni descente inquiétante.
C’est la seule raison pour laquelle une sortie de cinq kilomètres en conduite autonome convient aux personnes qui ne sont jamais montées sur un traîneau. Sur un itinéraire vallonné, le frein devient une véritable compétence ; ici, il suffit d’appuyer dessus lorsque le guide vous le demande. Pour diriger, il faut se pencher. Les chiens connaissent le parcours.
En contrepartie, cette expérience n’est pas technique et ne prétend pas l’être. Si vous souhaitez apprendre véritablement la conduite d’attelage, des stages de plusieurs jours en Laponie vous y prépareront. Ici, vous en avez un aperçu sur un terrain indulgent.
La faune, et les chances d’en voir
Les rennes sont les animaux que vous avez le plus de chances d’apercevoir, mais ils ne sont pas sauvages au sens où les visiteurs l’imaginent : presque tous les rennes de Finlande appartiennent à quelqu’un et sont gardés en troupeau, tout en se déplaçant librement dans ce type de paysage. Il est courant d’en voir un depuis le sentier, mais ce n’est jamais garanti.
Au-delà des rennes, vous avez plus de chances de voir des traces que des animaux. Le lièvre, le renard et le tétras laissent des empreintes nettes dans la neige fraîche, et un guide qui connaît le parcours vous les signalera. De plus grands animaux vivent dans la région, mais ils sont presque toujours invisibles depuis un traîneau en mouvement.
Au-delà de cela, vous avez bien plus de chances de voir des traces que des animaux. Le lièvre, le renard et le tétras laissent tous des empreintes nettes dans la neige fraîche, et un guide qui connaît bien le parcours vous les montrera au passage.
La lumière sur la glace
Si les visiteurs se souviennent surtout de la partie sur le lac, c’est à cause de la lumière. Sous les arbres, dans la pénombre du cœur de l’hiver, tout est sombre, bleu et proche. Sur la glace, cette même pénombre embrasse tout le ciel, et la neige réfléchit presque toute la lumière qui tombe sur elle.
En janvier, cela donne un bleu profond et intense qui se photographie mal, mais paraît extraordinaire à l’œil nu. En mars, le soleil rasant se déploie sur une plaine blanche et plate : c’est la lumière des cartes postales.
C’est aussi, pour exactement la même raison, la partie la plus froide de tout l’itinéraire. Sur la glace, rien ne vous protège de l’air en mouvement.
